M A R I O N T I V I T A L
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Les usines ont une mystérieuse présence.
Ce sont des puissances immobiles, épurées et silencieuses qui ont perdu leur fonction usuelle pour devenir ces géants ignorés qui habitent nos paysages.
Pour certains, qui les regardent distraitement, ce sont des ustensiles laids, artificiels, égarés par erreur dans la nature.
Pourtant à force de cohabitation, ces hangars , à l’insu de l’homme , se sont intégrés dans le paysage.
Ils sont parfois parvenus à un équilibre enraciné dans la pénombre, un précaire compromis avec la terre et le ciel.
Cet équilibre entre ces antagonismes nous communique une impression de paix et de tempérance.
Cette force qui habite les formes, l’énergie calme , la plastique de leurs structures presqu’abstraites, me fascinent et me donnent envie d’écouter leur langue ténébreuse.
Il s’en dégage une beauté, une unité visible et sensible, hors du temps.
Leurs masses géometriques brouillent les valeurs qui distinguaient le proche du lointain, à l’endroit où le ciel et la terre se touche.
Malgré la discordance des éléments, se crée sous nos yeux qui ne savent pas voir un espace plein, alliant incertitude et géométrie.
De ses témoins d’un passé glorieux du monde du travail, se dégage une mélancolie qui me parle d’absence.
Ces lieux désertés par les humains mais qui en portent leur trace, j’ai envie de les ressentir par ma peinture.
Je souhaite absorber cet invisible qui affleure la surface, démêler ces lignes énigmatiques , entrer dans l’intimité de cette harmonie.
La beauté peut se trouver là où elle n’est pas évidente, et c’est un bonheur que de trouver dans l’ombre la lueur qui modele tout.

Le paysage industriel n’est pas réductible aux apparences.
Par mon affection paysagère j’aimerai soulever le voile de la fausse monotonie de ces paysages banals et ancrés dans notre quotidien.

Marion TIVITAL

 
     
     
     
 

Mystérieuses présences

Les friches industrielles et les usines désaffectées sont, pour Marion Tivital, de mystérieuses présences immobiles et muettes. Oubliant leur fonction première, vidées de toute présence humaine, elles semblent se réintégrer dans le paysage et elles acquièrent ainsi une fascinante intemporalité.
« L’énergie et la force sereine qui les habitent, la plastique de leurs structures presque abstraites, donnent envie d’écouter leur langue ténébreuse » dit l’artiste.
Cette langue parle d’absence et de mélancolie, mais aussi d’harmonie et de sérénité retrouvées. Et c’est le silence même de ces lieux de mémoire, puissamment chargés d’humanité, qui devient sujet plastique et objet d’infinies rêveries.

Pierre Souchaud

 
     
     
     
 

Au loin , sur la ligne de demarcation entre le ciel et la terre, emergent des silos,des cuves,des éoliennes, des hangars. Tout autour l industrie semble avoir fait place nette.Pas âme qui vive, pas une silhouette à l horizon.Un panache de fumée sortant des hautes cheminées d usine trahit la presence des hommes et l activité incessante des lieux.
Là-bas, au Coeur de ces formes évanescentes, on perçoit toute une activité économique, des sites tournent à plein rendement, sous le calme apparent un processus bruyant de fabrication, de transformation, fait vivre les hommmes. Mais du pont de vue du spectateur, c’est le silence qui monte et affleure sur la toile, une sorte d’harmonie graphique augmentée sans doute par une touche tout en douceur, délicate.
Par ces visions panoramiques d’un monde éminament moderne, Marion Tivital renouvelle le genre du paysage, à la maniere d’un photographe tel que Jürgen Nefzger. Elle réussit ce tour de force par l’entremise d’une peinture soignée, aux tons presque monochromes,où le support bois qu’elle utilise ajoute l’impréssion de sérénité. L’enjeu esthétique est de taille, et l’artiste parvient pleinement à intégrer dans son oeuvre les silhouettes massives de l’industrie et à leur donner en quelque sorte droit de cité dans l art d’aujourd’hui.Tout cela sans en rajouter plus que de mesure, tout en finesse.

Ludovic Duhamel (Miroir de l’art)

 
     
     
     
 

Les grandes masses abstraites des friches derrière un brouillard plastique se confondent avec l’épaisseur du ciel ou la nature désolée. Il y a un peu du « Désert rouge » d’Antonioni dans cette façon de mêler l’industrie et la nature. Les couleurs de ces cubes géants mais lointains rappelleraient presque aussi les dessins animés de Miyasaki avec ses monstres polluants ou les légos de notre enfance. Une drôle de fascination, ambivalente, ludique et un rien mélancolique.

Libé lyon du 14 03 2009

 
     
     
     
 

«C’est un grand terrain de nulle part…» Comme Bashung, la peintre Marion Tivital (49 ans, vivant à Paris), parcourt, mais des yeux, ces no man’s land contemporains, ces sites industriels qui, vus sous un certain angle et à une certaine distance, ressemblent à des legos. Elle apprécie en particulier les ports industriels, les docks, les containers, les palettes, les raffineries, les déchetteries, les usines modernes… Elle en fait des pochades ou des croquis sur place, prend des photographies, puis «travaille à l’atelier en reprenant plusieurs fois ses toiles, en passant une multitudes de couches de peinture, en simplifiant le motif pour en retirer l’essentiel, en gommant ses aspects utilitaires et durs». Et ce parfois jusqu’à l’abstraction : toute une partie très touchante de l’exposition représente des espaces industriels vidés de toute présence humaine, réduits à quelques parallélépipèdes de couleurs aux lignes flottantes plongés dans des camaïeux de gris. Fantômes tremblants, émouvants et un peu inquiétants. «J’aime bien peindre des choses ingrates", ajoute l’artiste, "et dénicher la beauté là où elle n’est pas évidente. J’éprouve un plaisir sensuel à peindre cela, à m’employer aussi à composer des masses, des plans… Les lumières grises sont aussi très importantes». Les œuvres de Marion Tivital sont simples, lourdes de mystère, silencieuses, un brin mélancoliques. L’artiste parvient à y faire se rencontrer préoccupations plastiques et formelles et sensations ambivalentes vis-à-vis de ces paysages à la fois inhumains et sidérants.

Jean-Emmanuel Denave

 
     
     
     
 

Marion Tivital présente à la galerie Souchaud d'étonnants « paysages industriels ». Mystérieusement attirée par les friches et les usines, l'artiste croque ou photographie des docks, des raffineries, des déchetteries. Par la suite, dans son atelier, elle compose de petites toiles vidées de toute présence humaine, simplifiant la représentation des bâtiments ou des containers, jusqu'à n'en garder que des formes géométriques quasiment abstraites, parallélépipèdes de couleurs baignant dans une inquiétante lumière grise.
«L'énergie et la force sereine qui les habitent, la plastique de leurs structures presque abstraites, donnent envie d'écouter leur langue ténébreuse » écrit Marion Tivital. Et, devant ses œuvres, le spectateur oscille en effet entre la fascination pour ces constructions industrielles et l'angoisse due à leur aspect fantomatique et déshumanisé.

Fabien Giacomelli

 
   
   
   
 

Marion Tivital ou les envoûtements de l'étendue

Dans sa création enchantée, dans les paysages d’une modernité enfin habitable, Marion Tivital fait respirer l’étendue. A coups de fabuleux vertiges d’espace. A coups retenus de formes adoucies, et de chromatique assourdie et délicate. De mystères latents et d’insaisissables surgissements. On voit au loin, au bord de l’horizon, des blocs d’architecture industrielle, déserts et désertés. Rien ne se passe plus. Tout est passé au profond. Tous les dehors aigus du monde ont disparu. Profondeur enfoncée dans la profondeur.... L’univers subtil de Marion Tivital prend sa source dans les marques souterraines du dedans. Et dans l’ivresse éternisée de l’immobile, nature et industrie fusionnées vivent les secrets de l’impossible plénitude.
Parfois, une vide bouteille, fenêtre sur brume, incarne une présence sans contenu, et s’habille de silence et d’humanité. Une autre sait faire apparition. Une foule infime s’éveille. L’outre-vie a pris corps dans ce somptueux théâtre de l’indicible. Des êtres de plastique deviennent ainsi le centre du monde, si fragiles et si ténus que des regards ne pourraient les traverser. De la hutte archaïque à la frêle bouteille, de la passerelle élancée à l’implacable silo, infinies sont les métamorphoses en pays-peinture.
Dans cet insondable infini, les bâtisses de la modernité font demeure innombrable. Apprivoisées, elles ont franchi le cap de l’horreur et de la monstration, elles offrent leur abandon... En arrière-fond, la trame secrète d’un drame enfoui dans l’étrange harmonie d’une œuvre énigmatique, piégée et décalée. Dans les univers effondrés du déjà vécu, l’humanité n’apparaît plus qu’en signes délaissés. Dans ces tombeaux d’espace ultime, les bâtiments d’industrie et les flacons discrets ont appris à vivre seuls. La terre a perdu l’homme…
Marion Tivital ignore la violence pulsionnelle, gestuelle et chromatique, qui répond durement aux surfaces fabriquées des écrans contemporains. Elle ose la sensibilité la plus vive et la plus rare. Elle laisse sourdre les mesures exactes d’un monde qui n’existe pas, qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais. Enigme de l’étendue qui s’étend sans limite. Tout est là, et en même temps, tout a eu lieu. Fusion de l’espace et du temps, de la peinture et de l’affect intime. Le temps de ces étendues envoûtées est temps d’oubli, suspendu, sans pesanteur et hors durée. Empreintes-étreintes du temps.
Marion Tivital voile de souterraine mélancolie les affres de la réalité, les blessures des apparences et les masses cruelles des industrieuses architectures. La brutalité colorée, comme le sang, s’est retirée. Dans l’effacement des plaies mondaines, elle enregistre une lente gestation d’univers, une possible espérance.

Christian Noorbergen

 
   
   
     
 
Est ce par réminiscence, parce que j’ai vécu ma prime enfance dans les régions minieres belges, où la sidérurgie maintenant exhangue, a presque disparu, que j’ai été immédiatement en résonance, en pays connu, en découvrant les oeuvres de Marion Tivital?
Au premier regard, j’ai immédiatement retrouvé et ressenti le climat si particulier des friches industrielles souvent dénigrées par ceux qui n’y voient que monotonie, laideur des constructions humaines à l’abandon, polluant un paysage banal et sans intérêt.
Il y a peu de temps encore, j’essayai de persuader des amis sur la beauté mystérieuse des paysages industrialisés à outrance du Borinage ou de la vallée de la Sambre, façonnés par tous ces hommes qui y travaillaient.
Ces peintures valent tous les discours et racontent par un effet de trompe-l’oeil, tout le vécu contenu dans ces usines, plantées dans un paysage silencieux, comme des gardiens de la mémoire, de l’histoire de la révolution industrielle.
C’est avec une émotion primale que j’ai retrouvé la mélancolie des ciels bas, déchirés par les fumées lourdes des cheminées, la puissance émanant des carcasses vides des hauts fourneaux, des laminoirs et des usines chimiques aux torchères, autrefois éternellement allumées.
Souvent inutiles, ces masses géantes, présentes depuis si longtemps, semblent avoir toujours fait partie du paysage. On peut passer sans les voir, les ignorer, les renier même et c’est grace à toute sa sensibilité que l’artiste fait ressurgir la poésie impalpable qui émane de ces sites industriels ayant tout à raconter.
Regardez les : maintenant silencieux, ils s’imposent dans le paysage, en sont le relief: ils s’intègrent dans celui ci à en devenir des structures futuristes quasi abstraites, accrochant la lumiere brumeuse du ciel aux eaux sombres d’un canal, d’un bras de l’Escault.
Regardez ces hangars, ces silos, ces cuves immenses; la lumiere qui les habite, fait ressurgir dans leur reflet , la mémoire de leur passé; comme dans un raisonnement par l’absurde, les glacis vides s’emplissent de toute leur vie antérieure.
Regardez ces paysages urbains, ils semblent inhabités, mais la force de la composition, le travail de mise en lumiere les animent et c’est comme si des traces imperceptibles nous guidaient pour retrouver, imaginer , l’activité humaine absente.
Regardez le calme serein qui se dégage de l’harmonie des intérieurs; en jouant des perspectives conduisant à l’ouverture éclairée, dans la transparence de l’air, c’est un lieu intime, receptacle de nos émotions.
Je vous l’ai conseillé maintes fois : ne vous arrêtez pas aux apparences guidées par un esprit cartésien. Mettez vous en “vision flottante” et envahis par vos émotions, retrouvez l’énergie qui se dégage de ces gris lumineux et colorés, ces bleus profonds et lourds, plongez dans la géométrie incertaine, les contours brumeux, permetttant de s’affranchir du réel, pour retrouver votre monde sensible intérieur.
Le travail de Marion Tivital s’évertue à vous faire redécouvrir la beauté du banal, retrouver l’impalpable qui transparait de ces formes colorées, habitées de leur passé. Sa peinture est faite avant tout de formes, de couleurs en un certain ordre assemblés; tout est dans la proportion, l’accord absolu de la forme et du contenu. Mais il n’y a que l’émotion qui s’en émane qui compte, pour libérer l’intériorité personnelle de chacun.
Laissez vous envahir par la puissance de ces oeuvres….

Daniel Pircart ,Directeur de “La Laverie”, La Ferté Bernard